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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 22:25
Au Soudan, des militants de la démocratie jugés pour terrorisme

Depuis Paris, Wigdan Mekki suit dans l’angoisse les comptes rendus du procès en cours de son oncle, Amin Mekki Madani, jugé à Khartoum. Le sort de cet avocat à la santé fragile, aujourd’hui âgé de 76 ans, n’est pas encore scellé, mais Wigdan Mekki redoute le pire

~Figure de la société civile soudanaise, Amin Mekki Madani a longtemps travaillé pour des institutions internationales. De Gaza à Beyrouth, en passant par Zagreb, Kaboul ou Bagdad, il a fait fonction de représentant régional du bureau des droits de l’homme de l’ONU et de conseiller juridique du secrétaire général. Mais jamais, il n’a délaissé son combat pour la démocratie et les droits de l’homme dans son propre pays, le Soudan, dirigé d’une main de fer par Omar Al-Bachir, dictateur au pouvoir depuis le coup d’Etat militaire de 1989, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI). Lire aussi : Omar Al-Bachir, maître en dictature A la tête de la Confédération de la société civile soudanaise, il se retrouve aujourd’hui sur le banc des accusés d’un tribunal spécial contre le terrorisme. Nul ne sait quand s’achèvera son procès qui s’est ouvert le 30 mars. « Je ne conçois pas qu’une justice aux ordres d’Omar Al-Bachir, accusé des crimes les plus graves par la CPI, puisse juger un homme qui a dédié sa vie à la défense des droits de l’homme », s’indigne Wigdad Mekki. Pour cette linguiste établie en France, « c’est un abus de pouvoir car rien ne justifie sa détention ni un quelconque procès ». Dans son édition du 2 avril, le quotidien soudanais Al-Rakoba relayait la version de l’accusation présentant Amin Mekki Madani comme un élément coupable d’avoir œuvré à renverser le régime. Soudainement, l’humaniste serait devenu un terroriste. En cause, un document politique, « l’Appel du Soudan » (« Sudan Call »), adopté le 3 décembre dernier à Addis-Abeba par Amin Mekki Madani et Farouk Abou Issa, le chef du mouvement d’opposition National Consensus Forum, âgé de 78 ans.

Dans ce texte, les deux hommes appellent à « démanteler un régime à parti unique », à libérer le Soudan du « totalitarisme, de la violence et de la pauvreté ». Et de s’engager à mettre un terme aux « guerres et conflits » pour que la paix s’installe durablement dans le pays. Crime de « lèse-dictature » Ces six derniers mois, le régime d’Omar Al-Bachir, en pleine campagne pour sa réélection lors de la présidentielle prévue du 13 au 15 avril, s’est illustré par une série d’arrestations d’opposants contraints au silence ou à la prison.

Les auteurs de cet « Appel du Soudan » n’ont pas été épargnés. De retour d’Addis-Abeba, les deux septuagénaires, ainsi qu’un troisième homme ayant assisté à la réunion en Ethiopie, sont immédiatement arrêtés le 6 décembre et placés en détention dans un lieu tenu secret jusqu’au 21 décembre. Ils étaient en fait entre les mains des puissants services secrets soudanais, privés de leurs médicaments, selon leurs familles. Puis, ils ont été transférés à la prison Kober où sont détenus plusieurs prisonniers politiques, selon les ONG de défense des droits de l’homme qui dénoncent régulièrement le recours à la torture.

~ Par Joan Tilouine Le Monde.fr| Le 06.04.2015

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/04/06/au-soudan-des-militants-de-la-democratie-juges-pour-terrorisme_4610416_3212.html

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Published by Joëlle - Cours de morale
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