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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 15:26
 
Une nouvelle espèce de corail décrite aux îles Gambier, Polynésie française.

Une nouvelle espèce de corail, nommée Echinophyllia tarae, vient d'être décrite suite aux prélèvements effectués en 2011 aux îles Gambier (Polynésie française) lors de l'expédition scientifique internationale Tara Oceans. Cette expédition était la première à s'intéresser au fragile écosystème corallien de l'archipel depuis près de 40 ans.


Echinophyllia tarae, dont le nom fait référence à Tara, le bateau de l'expédition qui a permis sa découverte, vient désormais s'ajouter aux huit espèces déjà recensées du genre Echinophylia. Comme tous les coraux durs, ces minuscules organismes regroupés en colonies produisent un squelette calcaire, donnant ainsi naissance aux récifs coralliens. Cette nouvelle espèce observée entre 5 et 20 mètres de profondeur n'a encore jamais été trouvée ailleurs qu'aux Gambier. Elle semble particulièrement présente dans ce petit archipel polynésien, retrouvée dans 18 des 24 sites étudiés en 2011 lors de l'expédition Tara Oceans. Si une telle présence peut sembler étrange pour une espèce nouvelle, l'explication est en réalité très simple : les coraux des Gambier n'avaient plus été étudiés depuis près de 40 ans.


Une espèce « oubliée » ?

En 1974, le biologiste français Jean-Pierre Chevalier était l'un des premiers à dresser l'inventaire corallien des Gambier, recensant près d'une soixantaine d'espèces, dont certaines espèces d'Echinophyllia. La biologiste milanaise Francesca Benzoni*, à l'origine de l'étude aujourd'hui publiée, a mené l'enquête jusqu'au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris où sont entreposés les cahiers de terrain de Jean-Pierre Chevalier. Dans l'un d'eux, une courte description d'un échantillon retint son attention « Echinophyllia encroutant, couleur vert foncé, mais peut être espèce différente ». Malheureusement, le fameux échantillon s'avéra tout simplement perdu dans l'immensité de la collection du muséum. Dans ces conditions, impossible de dire si ce nouveau Echinophyllia tarae n'avait pas déjà été observé par le scientifique français... Près de 40 ans plus tôt.

Du terrain aux laboratoires

Les équipes de l'expédition Tara Oceans étaient donc les premiers à retourner sur les lieux depuis le passage de Jean-Pierre Chevalier. En deux semaines d'étude de terrain durant l'été 2011, les plongeurs ont recensé tous les coraux rencontrés sur les 24 sites étudiés. Pour chaque colonie, des photographies sous-marines étaient prises, reliées chacune aux coordonnées GPS. Pour permettre la description de l'espèce, cinq fragments de coraux d'un centimètre carré chacun furent prélevés. Après une analyse sur place au microscope, l'un des échantillons rejoignit la collection du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris, les quatre autres étant expédiés à l'université de Milan pour des analyses moléculaires. Pour chaque pan de l'étude, les résultats étaient comparés aux autres espèces similaires du genre Echinophyllia. Malgré une grande hétérogénéité de forme et de couleurs chez ces coraux durs, qui rend l'identification parfois difficile, le squelette calcaire d'Echinophyllia tarae présentait une taille et un aspect bien différent des autres espèces connues.

Des organismes en péril

Mis à part l'intérêt évident d'inventaire du vivant apporté par chaque nouvelle espèce décrite, cette étude met également en lumière notre méconnaissance des coraux et de leur diversité, s'agissant d'autant plus ici d'une espèce particulièrement présente dans cet archipel français. Les coraux, et notamment les coraux durs à l'origine des récifs, sont à la base de complexes écosystèmes sous-marins. Pourtant, de nombreuses menaces pèsent sur ces organismes fragiles : réchauffement climatique, acidification des océans, pêche déraisonné, pollutions diverses... Tous ces phénomènes causés par l'Homme peuvent entraîner une mort rapide des coraux, notamment via le phénomène de blanchissement*. Plus de 60 % des récifs coralliens dans le monde se trouvent aujourd'hui sous la menace directe et immédiate de pressions d'origine locale. Si l'on ajoute le stress thermique, environ 75 % des récifs coralliens du monde sont considérés comme menacés*. Il est donc primordial de parfaire au plus vite nos connaissances sur ces organismes et d'envisager les mesures de protection les plus adaptées.

L'expédition Tara Oceans, entre corail et plancton

Si cette nouvelle espèce se nomme « tarae », c'est bien en référence au nom du bateau de l'expédition qui a permis sa découverte. De septembre 2009 à mars 2013, le voilier-laboratoire a parcouru les océans du globe à la découverte des micro-organismes marins. Si la majeure partie de l'expédition était consacrée à l'étude du plancton, une centaine de sites coralliens ont pu être échantillonnés, permettant de récolter près de 200 échantillons dans les grands récifs de la planète, de Djibouti à Saint-Brandon, en passant par Mayotte. Au final, c'est une dizaine d'espèces encore inconnues qui ont été découvertes, en attendant d'être décrites.

La nouvelle expédition : Tara Oceans Polar Circle

Tara continue actuellement son échantillonnage du plancton autour de l'océan Arctique. Principal objectif de Tara Oceans Polar Circle (de mai à décembre 2013) : mieux connaître l'écosystème arctique, en partant à la découverte des espèces planctoniques méconnues et en tentant de décrypter leurs interactions avec le milieu.
Retrouvez désormais l'actualité de l'expédition sur lemonde.fr/tara et francetv.fr/tara

Yann Chavance

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Notes

* Department of Biotechnology and Biosciences, University of Milano-Bicocca

* Le blanchissement du corail. Le corail est une colonie d'animaux vivant en symbiose avec des algues unicellulaires : les algues lui fournissent l'oxygène grâce à la photosynthèse et le nourrissent en échange d'un abri. Le blanchissement est un phénomène naturel qui résulte de l'interruption de cette symbiose. Si les conditions environnementales changent, les micro-algues quittent l'animal, emmenant avec elles les pigments végétaux qui font la coloration du corail. On dit que le corail blanchit.

* Reefs at Risk Revisited, World Ressource Institute, 2012

 Référence

Benzoni F. (2013) Echinophyllia tarae sp. n. (Cnidaria, Anthozoa, Scleractinia), a new reef coral species from the Gambier Islands, French Polynesia.

Article publié dans ZooKeys

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Pour plus d'informations,



Echinophyllia tarae sp. n. , une nouvelle espèce de corail décrite aux îles Gambier, Polynésie française. Copyright : F.Benzoni / Tara Oceans

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Published by Joëlle - Cours de morale - dans Ecologie-Animaux
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